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Affichage des articles associés au libellé Dénètem Touam Bona
 Dans les cosmologies amérindiennes, aborigènes ou encore bantoues, le rêve ne s'oppose pas à la réalité, il en constitue au contraire la dimension la plus profonde : les contours et les catégories s'y estompent pour laisser place au courant des métamorphoses. Les pratiques "indigènes" du rêve ne relèvent pas d'une rêverie pittoresque, mais d'une forme d'imagination éthique et plastique, qui, loin de s'opposer à la mémoire, y trace chaque fois de nouvelles lignes de fuite, et ainsi la reconfigure, continuellement, en "images-actions" – en chimères. Les rêves, qu'ils soient diurnes ou nocturnes, songes intimes ou mythologies collectives, offrent la possibilité d'expérimenter le point de vie d'un oiseau, d'un arbre ou d'une rivière, et nous incitent ainsi à nous soucier de ce qui est à la fois au-delà et au-dedans de nous. C'est d'abord à travers les rêves que nous "réalisons" que nous ne pouvons vivre qu...

Un jeu de ficelles, reliant des points de vie

 La sagesse des lianes est une sagesse à la fois textile et chorégraphique. Textile en ce que la liane ne consiste, d'une certaine façon, qu'en un jeu de ficelles qui, en reliant des "points de vie" multiples – singe, araignée, Tarzan, chevelure, hydre, forêt, résurgence, "nègre-marron", plantation, etc. –, déploie des constellations inédites. Chorégraphique en ce qu'il s'agit de passer d'une figure à l'autre, tout en cultivant le suspens. Or ce mouvement de transfiguration continuelle – et de configuration de corps métamorphes – n'est autre que celui de la danse. C'est précisément parce que la liane est une entité chimérique – une esquisse, un mouvement en suspens – qu'elle est appel à reprendre le fil, à réactiver par nos propres fugues ses mouvements de subversion. Dénètem Touam Bona, Sagesse des lianes, 2021 Johannes Vermeer, La Dentellière