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Articles

Affichage des articles associés au libellé Dominique Eclercy

Les deux

La nuit, ils parlent du complexe avec une désarmante simplicité. Ils parlent et même souvent sans parler, ils agissent, ils s'entendent, ils jouent à quatre mains et tout est l'instrument. Peut-être parce qu'ils sont issus pour l'un de rêve, et l'autre d'écriture, ils sont de la même pâte imaginaire. La pâte des chairs mêlées. Les chairs imaginantes. Chaque jour André – Andres – arpente les rues. Martin le devine de sa fenêtre, l'observe les yeux fermés, le voit reprendre place dans le fourmillement du livre. Martin met le livre dans sa poche et André dedans. Il part, croise des André en liberté, des Andres, des mélodies, des arpèges s'égrenant ou sautillant, silhouettes vivantes, écorces elles-mêmes d'une autre vie – ou de multiples vies internes. Martin voit tout cela, et Andres aussi, dans leur échange de regard, d'un mot, de quelques mots parfois. Il leur arrive de convoquer quelque chose dans un bout de conversation : le temps, les ...

Rue du 11 octobre

Ils sont tranquilles sur leur rivage. Aucun cyclone, aucun raz de marée, aucun tsunami ne les agresse, pour le moment. Le soleil radieux d'été indien tombe sur la fenêtre de Martin, sur sa poitrine, sa tête, sa feuille de papier, entre ses bras, entre les bras du fauteuil. Quel est ce bruit ? ces voitures, ces fourgons qui passent, cette cloche qui sonne un glas, ce balayeur de rues, cette voix plaintive, répétitive, lente, empâtée, qui articule avec peine, avec constance... Des choucas crient, Martin les regarde au coin du toit, leur corps lisse, noir, compact, agressif. Le bec court ouvert comme des ciseaux. Furtifs et assurés dans leur vol. Martin regrette les freux. La municipalité n'a de cesse de les chasser, détruire leurs gros nids de bois dans les platanes, eux qui sont si sociables, enjoués, éloquents, grandioses dans leurs ballets l'automne au-dessus de la rivière. Leurs voix sonores à l'égal des cloches mais organiques au lieu d'être minérales. Rouco...

L'enfance des dieux

Pendant une bonne partie de la nuit elle avait ruminé la situation. Elle avait décidé de rencontrer le docteur Thomas et de demander le changement d’établissement de Dany, que celle-ci soit d’accord ou pas. Avec l’aide du médecin, elle entendait bien lui forcer la main. Aussi c’est d’un pas décidé qu’elle avançait dans le couloir et qu’elle ouvrit la porte de la chambre. — Dany ! commença-t-elle aussitôt, cette fois tu n’y échapperas pas, il... Mais sa phrase resta en suspens. Dany était placée devant la table qu’elle avait débarrassée du vase avec les fleurs, de la boîte de mouchoirs et autres bricoles qui s’y trouvaient habituellement pour y étaler toutes les pochettes en carton qu’elle lui avait apportées. — Ne dis rien et regarde ! s’écria Dany dès qu’elle la vit, c’est extraordinaire, non ? Natale en resta bouche bée. Sur les quatre murs de la chambre, sur trois lignes depuis le sol jusqu’à hauteur des yeux de sa sœur, étaient punaisées des feuilles, des quantités de feuill...