La nuit, ils parlent du complexe avec une désarmante simplicité. Ils parlent et même souvent sans parler, ils agissent, ils s'entendent, ils jouent à quatre mains et tout est l'instrument. Peut-être parce qu'ils sont issus pour l'un de rêve, et l'autre d'écriture, ils sont de la même pâte imaginaire. La pâte des chairs mêlées. Les chairs imaginantes. Chaque jour André – Andres – arpente les rues. Martin le devine de sa fenêtre, l'observe les yeux fermés, le voit reprendre place dans le fourmillement du livre. Martin met le livre dans sa poche et André dedans. Il part, croise des André en liberté, des Andres, des mélodies, des arpèges s'égrenant ou sautillant, silhouettes vivantes, écorces elles-mêmes d'une autre vie – ou de multiples vies internes. Martin voit tout cela, et Andres aussi, dans leur échange de regard, d'un mot, de quelques mots parfois. Il leur arrive de convoquer quelque chose dans un bout de conversation : le temps, les ...
Tout est emprunté, même la vie.