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Affichage des articles associés au libellé Olivier Debré

Prologue

  La rivière occupe le centre du livre. Elle coule aussi sur les bords, très souvent – ou est-ce moi qui ne sais me situer, ni comment je la regarde. Elle a occupé tous les plans de l'espace, en travers, en hauteur. Elle m'a barré la route, elle ne m'a laissé aucune chance de voir plus loin, d'achever ma naissance. Elle a retourné le temps, escamoté la durée. Nous nous sommes interpénétrés.Dans le livre j'ai puisé autant que j'ai jeté. Nous nous sommes co-construits au jour le jour. Et nous sommes voués à l'inachèvement. A nous défaire autant qu'à nous faire, continuellement. Seuls vont émerger les visiteurs, qui auront droit à leur finitude. C'est avec eux que nous allons jouer, ils vont nous représenter dans le monde fini. Monsieur Nuit sera notre grande trouvaille. De lui vont naître tous les autres. Monsieur Nuit est né dans notre ventre – comme il se doit. Il était déjà vieux à la naissance. Ce qui ne l'a pas empêché de grandir....
Fuir les grands mots grands Comme des grands gouffres Fuir le délire du gouffre de l'autre Qui ne colle pas au gouffre mien Entre ton gouffre et le mien Les mains d'outre disparues C'était une jolie loutre pourtant Qui courait entre nos ruisseaux Une jolie loutre entre les rives D'herbe fraîche et odorante Une loutre de nous filante qui a filé Soaz Saahli Olivier Debré, Bleu 1974

Laper des yeux

il y a ce coin de ciel là, tombé entre de vieilles souches à travers le lacis noir des noisetiers, des épines là frissonnant cette eau vive des véroniques bleu roi presque une eau de glacier vous soulevez délicatement les toutes petites fleurs violentes ce bleu franc, rehaussé en son centre d’un rond jaune vif comment est-ce possible ? comment le si menu peut-il à ce point étourdir intimer comment le rien fait-il la satiété ? vous vous frottez les yeux ce bleu de lac ce bleu de lac avec la neige autour non non, rien n’y fait ; non, vous n’y êtes pas vous ne trouvez pas les mots, pour dire ce bleu cela dépasse échappe, cela remue trop les sangs le sens vous ne trouverez pas davantage les pigments, ce soir dans votre bureau assis à touiller touiller pendant des heures plagiaire et pis mauvais plagiaire comment n’avez-vous pas compris à votre âge, que vous usiez vos yeux, vos mains, en vain que vous gâchiez vos jours ce bleu d’océan, ce saphir, ce bleu de vierge ce bleu de sacre, non no...