Dans le mur d'Adèle Fauroi, entre la porte et la croisée, est scellée la boîte aux lettres. Tant que le chemin est libre, Hélion, le facteur, en même temps cordonnier à Rouinas , vient tous les jours faire "la levée", n'apportant et n'emportant souvent rien. "Heureusement moi, dit-il, sans moi, vous moisiriez." Il a un épais matelas de cheveux noirs, mais il est blond. Les yeux bleus, le teint roux, moustache et sourcils de cuivre, et les oreilles farcies de crins dorés. Sa joue droite porte la crête blanche d'une cicatrice, ce qui reste de sa lutte contre les deux aigles. Un jour d'hiver, en montant faire sa tournée, quelques minutes avant le Maupas il avait aperçu un aigle tournoyant et resserrant ses cercles sur le fil de sa tête. Instinctivement l'homme, aiguisant ses yeux et ses oreilles, cherche autour de lui dans la neige le lièvre ou la marmotte. Rien, claquement, sifflement, ombre et rafale glacée des ailes formidables.
Ce village, là-haut, sur l'échine galeuse de la colline et confondu dans la pierraille, c'est Orpierre-d'Asse. On y arrive Dieu sait comme. Surtout les charrettes. Les bêtes ne perdent pas le collier ! L'André le convoyeur qui, pour une fois par quinzaine, monte pourvoyer l'Anna, en sait quelque chose. On peut lui en parler. Si c'est pour le plaisir de l'entendre jurer... Le cheval a son compte avant les premières maisons. Il s'est arrêté plusieurs fois pour reprendre le souffle. Sous le village sont les deux plus mauvais pas : le tournant de l'oratoire, avec le cyprès coupé par le vent, et celui du sorbier, en haut du précipice. Arrivé sous le plus bas, l'André, deux doigts dans la bouche, siffle le Clermond Gilly qui s'amène avec deux bêtes de renfort glissant et faisant du feu des quatre fers sur les roches luisantes comme un rebord de bénitier. Quelque chose qui ne doit pas plaire au petit saint Roch poussiéreux de la niche, sous la g