Deux mains nerveuses lui enfilent la cagoule sur la tête, de travers, en sorte qu'elle lui cache l’œil et la joue gauche et le gratte dans le cou. Remontée trop haut sur la bouche, elle fait un bâillon de laine humide et lui coupe le souffle. Ensuite on lui passe les menottes. Le geste est si maladroit que le médium et l'auriculaire se retrouvent pris ensemble. Il faut recommencer : on lui tord le poignet, on lui secoue le bras jusqu'au coude. Vient le tour des brodequins, sauvagement lacés, compressifs, ils préviendront tout relâchement et, à coup sûr, la fuite. En dernier, vient la camisole de force. Celle-là, elle a beau être molletonnée, elle pèse comme une chape de plomb sur ses frêles épaules. Tant de violence pour si peu de résistance. Le voici entravé. La phase suivante, le lavage de cerveau commence. Ne pas parler, ne pas toucher, ne pas prendre, ne pas courir, ne pas tousser, ne pas freiner, ne pas cogner, ne pas rêver, ne pas pleurer, ne pas oublier, ne pas regar...
Cela se fit, une nuit. Mais je ne saurais dire combien d'heures, de jours, de mois peut-être, il fallut pour couver l'étonnante métamorphose. Nul ne pouvait prévoir qu'un tel bouleversement se préparait en sous-sol, dans le secret des humeurs et des pigmentations. Nul ne pouvait imaginer de pareilles connexions entre la douleur et la couleur. Aucune forêt ne jaunit aussi vite, aucun feuillage ne se fane en une nuit. Seuls des cataclysmes induisent de semblables mues. Un gel brutal, un nuage atomique, que sais-je encore ? Le feu, l'été. C'est tout à la fois ce qui advint ce jour-là, au terme d'un an et demi d'une pure attente nourrie de chaque seconde qui venait, trahie de chaque instant qui passait. Ce fut un gel, certes, mais aussi un vent fou, une brûlure. Le ciel se mit au noir en plein midi, le silence se gonfla de tocsins, un vide effroyable se fit. Sur le moment, on ne vit rien d'autre qu'une grande pâleur. Sa main se leva, puis retomba. Fatali...