La terre, globule isolé dans l'immense espace, ne reste point immobile, ainsi que devaient nécessairement le supposer les anciens peuples, voyant en elle la base inébranlable du firmament des cieux. Emportée dans le tourbillon de la vie universelle, elle se meut sans repos, en décrivant dans l'éther une série de spirales elliptiques d'une telle complication que les astronomes n'ont encore pu en calculer dans leur ensemble les courbes diverses. Tout en pirouettant sur elle-même, la terre décrit une ellipse autour du soleil et se laisse traîner de ciel en ciel à la remorque de cet astre vers des constellations lointaines. Puis elle oscille, se balance sur son axe et se détourne plus ou moins de sa route pour saluer tous les corps planétaires qui viennent à sa rencontre. Il est probable qu'elle ne passe jamais deux fois dans les mêmes régions de l'éther ; cependant, si elle devait parcourir de nouveau la spirale d'ellipses qu'elle a parcourue déjà, ce serai...
Autour de lui tout est en mouvement, le message d'Héraclite a semble-t-il réussi, une seule et unique fois et malgré d'effroyables obstacles, à traverser l'univers et, à la faveur de quelque profond courant, arriver jusqu'ici, puisque l'eau bouge, coule, ruisselle, afflue, se déverse, la brise joyeuse s'ébranle, les montagnes oscillent sous la chaleur, la chaleur elle-même se meut, frémit, vibre dans le paysage, tout, ici, bouge, comme les îlots de hautes herbes touffues, qui tremblent, une à une, au creux de la rivière, comme chaque vaguelette, qui plonge, en se brisant au-dessus des eaux peu profondes, comme chaque élément, fugace, insaisissable, de cette vaguelette impétueuse, et chaque éclat de lumière à la surface de cette élément fugace, une surface insaisissable, émergeant pour disparaître aussitôt avec ses gouttelettes de lumière qui étincellent avant de se désagréger, et les nuages, qui défilent en tourbillonnant, et tout là-haut le ciel, bleu, agité, f...