Quand on se soumet à une représentation, au point de la couper de toute perception réelle, on réalise une abstraction utopique. Quand on rêve d'habiter un non-lieu, une cité idéale où les âmes seraient parfaites, on éprouve un sentiment d'euphorie et de toute-puissance béate. Cette idéalisation est différente du refuge dans la rêverie où l'on souffre moins quand on fuit un réel insupportable. Je me réfugiais dans la rêverie quand, enfant, je fuyais la société persécutrice pour m'isoler dans un souterrain lumineux, affectueusement protégé par mes amis animaux. Au contraire, un utopiste imagine : "Ce serait merveilleux de vivre ensemble dans une cité pure et juste d'où le mal serait éradiqué. Nos relations seraient angéliques. Nous serions transparents puisque, tous pareils, sans différences, sans étrangers, nous n'aurions rien à cacher, nous penserions comme une seule âme." En Utopie, toute manifestation intime est un acte de désolidar...
Tout est emprunté, même la vie.