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Affichage des articles associés au libellé Henry Moore

Grande double forme

À quelqu'une qui s'efforce de ne jamais dire "nous", de parler seulement en son nom singulier, de ce qui lui arrive, de ce dont elle assume la responsabilité, à celle et ceux qui, pour être uniques, n'en partagent pas moins une humanité commune, je donne un peu de Georges Hyvernaud, "l'écrivain inconnu" pour que lui soit rendu hommage, que soit rallumée sa flamme — lorsque j'avais lu naguère et aimé  "Visite au Scorpion", publié par Jean Guenot, j'avais cru qu'il s'agissait d'un auteur fictif, tellement il était inconnu, c'est-à-dire passé sous silence.   «  À peine si je regarde mes compagnons. À quoi bon ? Il y a tant de jours déjà que nous nous rencontrons sur ce carré de neige et de boue. Tant de jours que nous sommes comme des pions secoués dans une boîte. La même boîte et les mêmes pions. Autrefois, j'allais par les rues et chacun de mes pas faisait jaillir des visages nouveaux. J'éta...

Comme on a toujours fait

Et nous autres, l'appel terminé, nous nous mettons à tourner autour du camp. Baraques, barbelés, les cabinets au centre. Quatre cent vingt pas : j'ai compté. Quatre cent vingt pas et l'on recommence. Les mêmes pas, toujours, le long des mêmes baraques et des mêmes barbelés, les mêmes pas qui ne mènent à rien, qu'à d'autres pas qui se recommencent, qui se recouvrent sans fin, sur ce chemin sans terme, dans ce pays hors de tout où l'on nous a mis à tourner en rond. Nous sommes là quelques centaines de marcheurs en rond. Presque tous ont pris, ont repris une apparence de paysans. Bonnets, cache-nez, sabots, ces façon affaissées et traînardes, ces pipes mâchonnées au fond des barbes. Sans bien le savoir, nous retrouvons, nous rejoignons l'aspect, la pesanteur, l'humilité de nos pères, de nos grands-pères, des grands-pères de nos grands-pères, hommes de labeur et de pauvreté, gens de la terre, culs-terreux, pauvres bougres qui ont fait tant de pas eux aus...

S'échapper du réel

Comme par un heureux hasard, surgit cette note ancienne par laquelle Gaston Bachelard s'en vient dialoguer avec le paresseux de Michaux et son âme qui se souvient de l'eau : Dans L'air et les songes, Bachelard soulève cet apparent paradoxe que rêver ne nous ferait que mieux pénétrer le réel... "Dis-moi quel est ton infini, je saurai le sens de ton univers, est-ce l'infini de la mer ou du ciel, est-ce l'infini de la terre profonde ou celui du bûcher ?"   et plus loin il affirme : "En fait, la manière dont nous nous échappons du réel désigne nettement notre réalité intime. Un être privé de la fonction de l'irréel est un névrosé aussi bien que l'être privé de la fonction du réel. On peut dire qu'un trouble de la fonction de l'irréel retentit sur la fonction du réel. Si la fonction d'ouverture, qui est proprement la fonction de l'imagination, se fait mal, la perception elle-même reste obtuse. On devra donc trouver une fili...