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Affichage des articles associés au libellé Mia Couto

Mia Couto / Sofia Queiros

  Tous me parlaient de sa beauté. Mais elle n'aimait pas être belle. Grand-mère me répondait toujours : si je suis belle alors maudite soit la beauté ! C'était ainsi qu'elle parlait. La beauté disait-elle, était une cage que grand-père avait inventé pour qu'elle fût oiseau. Un de ces oiseaux qui chantent même en captivité. Et l'erreur de ces oiseaux est de croire que le ciel se trouve à l'intérieur de la cage.  Mia Couto, La pluie ébahie Sofia Quieros, Impatience entre deux averses

La pluie ébahie

C'est le charme et le délice qui tombent avec la pluie de Maurice Denis. Celle de Mia Couto, à la première page de son roman La pluie ébahie , retient ses charmes et ses délices. Des nombreuses pluies qui affluent dans ma mémoire depuis tant de livres aimés, celle du petit Marcel qui tombait sur le jardin de Combray et faisait accourir Françoise pour rentrer précipitamment les précieux fauteuils d'osier, celle du balcon en forêt, celle de la Loire-Inférieure, compagne fidèle des expéditions en 2 CV, et même celle des mots subitement dégelés qui tombaient sur le tillac, bref, des si nombreuses pluies à vouloir s'abattre à présent ou se glisser dans mes lignes, de celle qui aujourd'hui même m'a mouillé le corps et les yeux... je ne suis pas rassasié, il faut que je relise et récrive ici sous vos yeux celle de Mia Couto.   Ce jour-là mon père est rentré à la maison complètement trempé. Il pleuvait ? Non, notre toit en zinc nous aurait avertis. La pluie, même très fine,...

L'eau et les yeux

Mia Couto est un célèbre écrivain du Mozambique. Il écrit sur l'eau comme personne — toutes les sortes d'eau : le fleuve, la mer, la pluie — sur l'eau et sur les yeux. Un de mes livres préférés est "La pluie ébahie". Ne faut-il pas à la pluie quelque parenté avec le regard, pour être ébahie ?... Dans un autre livre de Mia Couto ("Les sables de l'empereur") habite un personnage, Dabondi, une femme africaine qui semble avoir un étrange savoir, et d'étranges pouvoirs. Elle laisse échapper de façon inattendue, d'un chapitre à l'autre, des récits, des légendes qui nous font entrevoir, peu à peu, d'étonnantes profondeurs. Je m'en suis fait l'écho déjà dans butin ( Parole de Dabondi ). Voici deux autres de ses récits:  exergue du chapitre 14 En traversant une forêt un homme fut attaqué par des voleurs. Ils le frappèrent, le déshabillèrent, lui arrachèrent les yeux et l'attachèrent à un arbre. Au milieu de la nuit, les yeux du mal...

Parole de Dabondi

La pluie sentit l'odeur de la fille vierge et de son haleine chaude s'insinua dans la case. Elle se glissa par les lézardes de la porte se faisant passer pour du brouillard. Et ainsi, sous cette forme informe, la pluie séduisit la jeune fille et la fit rêver d'elle. En rêve, la fille vit un nuage planer. À l'entrée de chez elle s'agenouilla le nuage, afin qu'elle grimpât sur son dos. Et sur cette couche elles dormirent toutes deux, la fille et la pluie. Ce fut alors que les cieux s'effondrèrent assortis des dieux. Et toute la terre se parfuma. Ça sent la pluie, disent les hommes. Et ils ne savent pas où naît ce parfum. Mia Couto, Le Buveur d'Horizons (Les sables de l'empereur, Livre 3 de l'édition Métailié, 2020) Pierre Boncompain, Naïades

Une conversation

  Les prisonniers africains sont conduits dans un coin à l'ombre. Ils reçoivent des biscuits et un verre de vin. Et ils restent là, engourdis de fatigue. Dabondi se détache à nouveau du groupe et vient s'asseoir à mes côtés. Elle a gardé un reste de boisson au fond de son verre. Elle en laisse tomber quelques gouttes sur le sable chaud. Elle apaise la soif des défunts depuis que le monde est né. — Tu sais comment j'ai appris à parler avec les fleuves ? C'était à l'adolescence, dit-elle. Cela s'est passé avant que le roi ne me prenne pour épouse. Tous les matins, elle observait une araignée entrer et sortir d'un trou dans la cour de sa maison. Entre ses pattes, l'animal transportait de la rosée au tréfonds de la terre. Elle travaillait comme un mineur à rebours : elle puisait dans le ciel pour accumuler dans le sous-sol. Cette occupation durait depuis si longtemps qu'au fond de son terrier était né un grand lac souterrain. La reine voulut aider l'...

Feins d'être un fleuve

— Je vous ai déjà vue quelque part, avança Santiago. — Peut-être, monsieur le capitaine. Je suis Bianca... — L'Italienne aux mains d'or ? Enchanté, chère madame. Et il s'inclina en une révérence grotesque. — Il faut que vous compreniez, monsieur le capitaine, pourquoi nous sommes ici tous concernés, déclara l'Italienne. Le garçon qui suivait dans le bateau était le fils de notre ami, là, et elle désigna Katini, qui se cachait derrière tous les autres. — Dona Bianca, rétorqua le militaire, vous n'imaginez pas combien je regrette ce qui s'est passé. Nous sommes en guerre, que puis-je dire ? Je suis chrétien, j'ai mis en terre les malheureux qui étaient sur la pirogue... — Et où les avez-vous enterrés ? demandai-je. Je ne reconnus pas ma propre voix. Poussée par une main invisible, je me vis affronter Santiago Mata. Et je répétai la question. Souriant, l'homme questionna : — Holà, holà ! Qui est cette beauté ? Ne me dites pas, dona Bianca, que c'est une...

A Espada e a Azagaia (2)

Légende de Nkokolani  Au commencement du Temps il n'y avait ni fleuve ni mer. Sur le paysage pointillaient quelques lagunes, éphémères filles de la pluie. À la vue de l'aridité des plantes et des bêtes, Dieu décida de créer le premier fleuve. Il arriva, cependant, que son lit s'obstinât à s'étendre au-delà des rives. Pour la première fois Dieu craignit que la création défiât le Créateur. Et Il soupçonna que le fleuve eût appris à rêver. Ceux qui rêvent goûtent la saveur de l'éternité. Et celle-ci est un privilège des seules divinités. Avec ses longs doigts, Dieu suspendit le fleuve dans les hauteurs pour ensuite raccourcir ses extrémités, l'amputant de l'embouchure et de la source. Avec une délicatesse paternelle, Il redéposa le filet d'eau sur le bon sillon de terre. Sans commencement ni fin, le fleuve repoussa les rives et s'étendit à l'infini. Les deux berges se firent si distantes qu'elles inspiraient plus encore le désir de rêver. Ainsi ...

A Espada e a Azagaia

Légende de Sana Beneve Dieu n'a pas créé les gens. Il n'a fait que les découvrir. Il les a trouvés dans l'eau. Tous les êtres vivants immergés comme des poissons. Dieu a fermé les yeux pour regarder dans l'eau. À cet instant, Il a aperçu des créatures qui étaient aussi anciennes que Lui. Et Il a décidé de prendre possession de tous les cours d'eau. C'est ainsi qu'Il a emballé les fleuves dans ses veines et qu'Il a gardé les lagunes dans son cœur. Quand Il a atteint la savane, le Créateur s'est libéré de sa charge. Les hommes et les femmes sont tombés à terre. Se débattant sur le sable, ils ont ouvert et fermé la bouche, comme s'ils cherchaient à parler et que les premiers mots n'avaient pas encore été inventés. Hors de l'eau ils ne savaient pas respirer. Suffoqués, ils ont perdu conscience. Et ils ont rêvé. C'est en rêve qu'ils ont appris à respirer. Quand, pour la première fois, ils ont rempli leurs poumons, ils ont fondu en larm...

Rapprochements

La guerre n'a pas un visage de femme , affirme Svetlana Alexievitch dans le titre de son très beau livre, créé à partir de témoignages de combattantes soviétiques. Les femmes africaines que met en scène Mia Couto, d'une autre manière, tout aussi émouvante et tragique, affirment la même chose dans le 1 er des 3 livres réunis par Métailié dans « Les sables de l'empereur ». En mettant la lumière sur l'empereur, ce titre porte un coup cruel aux femmes, aux femmes toujours victimes dans la guerre, comme toujours victimes dans la société patriarcale, à qui était en réalité consacré ce 1 er livre intitulé par son auteur Mulheres de Cinza , femmes de cendre. Dans le passage qui suit — on approche de la fin de ce 1 er livre — on voit que la guerre, qui dissimulait l'ampleur de son omniprésence tant bien que mal depuis le début, fait maintenant des ravages et surtout sourd de tous côtés à travers le sol, pénètre l'épaisseur de la société, les corps vivants comme le repos...

Mia Couto

 Il se mit en route vers le cimetière du village. Celui qui viendrait de loin n'appellerait pas cimetière la brousse épaisse qui borde le fleuve, au nord de la localité. Mais c'était là, dans ce bois sacré, qu'on faisait reposer les défunts [...]. Les blancs disent "enterrer". Nous disons "semer les morts". Nous sommes les éternels fils du sol, nous concédons aux défunts ce que la terre délivre aux semences : du sommeil pour renaître. Les sables de l'empereur, Livre Un, Femmes de cendre, Éditions Métailié Sculpture de Ousmane Sow, Nouba

Imani

 Trois romans de Mia Couto ont été réunis en un seul par les éditions Métailié, ce que je déplore car le gros pavé que vous avez alors dans les mains n'a pas la grâce d'un vol de mouette, que j'ai trouvée à d'autres romans de Mia Couto dans leur taille originale. Mais on ne discute pas des goûts et des couleurs, dit-on. Voici seulement un petit extrait pour goûter dans le texte Mia Couto traduit en français par Elisabeth Monteiro Rodrigues : début du chapitre 5, avec son exergue : Le sergent qui écoutait les fleuves Chanceux ceux qui, cessant d'être humains, deviennent des bêtes sauvages. Malheureux ceux qui tuent sous l'ordre des autres et plus malheureux encore ceux qui tuent sans l'ordre de personne. Misérables, enfin, ceux qui, après avoir tué, se regardent dans le miroir et croient encore être des hommes. Je me rappelle le jour où le sergent Germano de Melo est arrivé à Nkokolani. En fait, on a tout de suite vu, ce jour-là, que ce Portugais était différ...