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Affichage des articles associés au libellé Françoise Lefèvre
En retournant dans ma chambre d'hôtel, je savais qu'au matin, lorsque je l'aurais quittée, j'en ressortirai profondément changée. Il y a des êtres qui se retirent dans des monastères, d'autres larguent les amarres. C'est toujours dans une chambre sordide et anonyme où je m'oblige à séjourner, que je suis arrivée à comprendre les raisons d'un chagrin. C'est toujours dans un tel lieu que je subis une métamorphose et que je peux repartir. De moins en moins légère. Mais je repars vers ce qu'on appelle la vie. Françoise Lefèvre, Se perdre avec les ombres, 2004 Anne Gorouben, " La présence d'Anne (le désir de vivre)"  1990
J'ai l'impression d'avoir été incarcérée. Quelque chose du bagne. De l'hôpital. De la vie forcée, réduite, entre un lit, un lavabo. Mais c'est toujours dans la réduction de moi-même que j'ai trouvé la force d'écrire. Loin, si loin de la joie, de l'insouciance. Tout près d'un constat glacé. Écrire quand on a toute une famille autour de soi, sortir de son lit à quatre heures du matin, glisser dans le couloir, une lampe de poche à la main, évitant les écueils, jouets qui traînent, chaussures d'enfants, c'est un pas vers la liberté. J'ai toujours trouvé formidablement égoïste de me lever très tôt quand je ne suis pas seule dans mon lit. On vole beaucoup à l'autre. Je connais des hommes qui ne se posent jamais cette question. Cela n'a rien d'admirable de se lever à quatre heures du matin pour écrire. C'est la meilleure heure. La plus pure. La plus lisse. La plus fluide. La plume glisse sans s'arrêter jusqu'à la naissa...
Dans ces séquences de vie surgissant d'un temps mal défini, il est souvent question d'enfants et de lumière intarissable. De volupté et de vin. De détresse et d'errance dans de longs corridors. Ces impressions me surprennent n'importe où. A cette table de travail, sur un trottoir, au volant de ma voiture, quand j'attends les enfants à la sortie de l'école. Parfums, lumières, murmures, je les ressuscite, soumise à ce papier, cette machine, cette chambre. Je ne me sens pas libre. J'aimerais rester adossée contre un mur où s'attarderait un peu de soleil. Mais je suis prisonnière des vieilles maisons, des forêts, de la nuit, des eaux dormantes, des nouveaux-nés au fond de leurs berceaux. D'eux surtout. Je perdrai mes yeux à trop regarder mon nouveau-né dormant dans son odeur légère d'étable et de lait. Bonheur et angoisse mêlés serrent ma gorge. Tout est normal. Il respire. Sous l'horloge le temps s'arrête dans mes bras de lierre. Moi aussi...