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Affichage des articles associés au libellé John Berger

Dessiner mon père

    Dessiner mon père Il est tôt le matin et la maisonnée dort encore. Dehors le ciel est dégagé et je vois des montagnes qui se réchauffent aux rayons du soleil. Ici dans la vallée il gèle encore, une tardive gelée printanière qui donne peu de chances aux fragiles fleurs des arbres fruitiers. Sûrement très peu de prunes ou de poires cette année, les pommes seront peut-être épargnées car les pommiers ne sont pas encore pleinement en fleur. Dessiner mon père dans son cercueil : suis-je capable de juxtaposer des mots au souvenir de cette expérience ? Le dessin est une activité muette. Ou plutôt, le lieu auquel il nous conduit se situe au-delà de tout langage verbal. Là où le temps s’inverse, comme s’il se trouvait du côté des morts. Mon père avait dessiné ses deux parents après leur mort. De son père Stanley il a fait un portrait simple, au graphite léger, sur une feuille de papier à lettres. C’est un profil de trois-quarts, en fermant les yeux je peux le visualiser assez précis...

Souvenir d'un veau

Cosmopolitisme et Hospitalité, voici deux mots que j'ai envie de faire chanter aujourd'hui. Ils ont l'air un peu ancien. Mais le temps est vaste. Et le présent est partout. D'abord la montagne, où se touchent ciel et terre, comme gambade en liberté. Un air de folie à cueillir comme une fleur de printemps à un pas du gouffre, présent partout aussi. Et un sourire irrésistible, celui d'un écrivain, un des plus graves et des plus cristallins que je connaisse, l'irremplaçable ami John Berger, pas ami personnel, ami universel, grand écrivain activiste et artiste, je lui vois ces trois dimensions indissociables. Né à Londres en 1926, il a vécu une grande partie de sa vie, jusqu'à son terme il y a quelques années, près des paysans qui lui ont fait place parmi eux dans un hameau de Haute-Savoie, tout en poursuivant son œuvre et ses relations dans le monde. Ces paysans, il les a souvent fait entrer dans ses livres : dans la montagne on vit avec ce qui vous entoure. L...

Hay

Hay The flowers in her hair wet in the morning are dry by ten Her apron clings stones like hands press in her pocket Tomorrow the scythes will gasp as her clothes fall down On this slope she'll lie hands on its shoulder feet on the road below Gathered in lines her cocks will crouch like couples in the moonlight Next day in the sun she'll walk on her hands to get as dry as fire Combed by the women lifted by men she'll ride the carts Front wheels locked with a pole throw their spokes I'll take her down And when I pack her second wife under my roof my sweat will blind me. John Berger John Berger, in  La louche et autres poèmes,  édition bilingue, traduction française de Carlos Laforêt © Maison de la poésie Rhône-Alpes – Le temps des cerises, 2012 voir  >  la traduction de ce poème Peinture de Raoul Dufy

Migrant words

In a pocket of earth I buried all the accents of my mother tongue there they lie like needles of pine assembled by ants one day the stumbling cry of another wanderer may set them alight then warm and comforted he will hear all night the truth as lullaby John Berger dessin Yves Berger (Maison de la poésir Rhône-Alpes / Le temps des cerises, 2012)

Le foulard

                  Kerchief In the morning folded with its flowers washed and ironed il takes up little space in the drawer. Shaking it open she ties it round her head. In the evening she pulls it off and lets it fall still knotted to the floor. On a cotton scarf among printed flowers a working day has written its dream. John Berger, 1981 painting by Aline Coton le poème de John Berger est paru dans "Ecrits des blessures", le Temps des cerises, 2007 en voir < ici > la traduction de Carlos Laforêt

Le temps animal

Behind her tongue with its language of grass and passion for salt, behind the heavy tongue deft nethertheless as a blind man's hand, a cow in good health chews approximatively fifty times before reswallowing the cud. John Berger extrait de They are the last , poème de John Berger dessin de Yves Berger Lire le poème en entier dans La louche et autres poèmes , de John Berger édition bilingue, traduction française de Carlos Laforêt © Maison de la poésie Rhône-Alpes – Le temps des cerises, 2012