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Affichage des articles associés au libellé Van Dongen

Côté mer

  Il y avait bien une heure que le car roulait sur la route de corniche quand une inquiétude me prit sur sa destination. Je ne savais à peu près rien de l’oncle qui allait m’accueillir. Je m’étonnais de n’avoir encore jamais cherché à me représenter son visage. Lorsque, huit jours plus tôt, mes parents m’avaient transmis, avec une décourageante tiédeur, sa proposition de m’héberger pour la durée des vacances, je n’avais pas eu une pensée pour l’inconnu. Ce n’était pas lui, c’était la mer qui m’invitait à glisser indéfiniment, entre deux traînes d’écume, d’atterrages secrets en anses paradisiaques. Le car semblait ne devoir jamais finir de louvoyer au-dessus de calanques abruptes et tortueuses. Du dernier point qu’atteignait la route, il faudrait encore une heure de marche pour arriver jusqu’au hameau maritime où j’étais attendu. C’était, disait-on, un minuscule village dédaigné par l’enfance et la jeunesse. Les gens que j’y verrais seraient sans doute pareils au gros homme qui, ass...

Le portrait d'Oriane G.

   Au sud de la ville, nous avons un beau cimetière qui occupe tout un versant de colline face à la mer. Je peux dire « nous avons » car la plupart des nôtres y sont déjà. L’été dernier, c’était le tour de ce cher vieil Edmond. Il avait bien choisi sa dernière demeure, tout en haut. Le point de vue, malgré quelques accrocs récents, y est encore assez agréable. Après la cérémonie je m’y étais attardé, aussi croyais-je être resté seul à descendre vers la sortie peu fréquentée qui donne sur la route du littoral. Au moment de pousser la grille de clôture, jetant un regard en arrière, je vis venir vers moi, par un escalier resserré entre les monuments funéraires, une femme très corpulente, à l’élégance trop marquée pour la circonstance comme pour son âge. Comme emportée par la brise qui soufflait dans les bouillonnés de l’ample robe de soie grège et l’étole d’organdi parme, cette rondeur prit en descendant les marches un ballant qui me suggéra l’image d’une montgolfière d...
 Dans les cosmologies amérindiennes, aborigènes ou encore bantoues, le rêve ne s'oppose pas à la réalité, il en constitue au contraire la dimension la plus profonde : les contours et les catégories s'y estompent pour laisser place au courant des métamorphoses. Les pratiques "indigènes" du rêve ne relèvent pas d'une rêverie pittoresque, mais d'une forme d'imagination éthique et plastique, qui, loin de s'opposer à la mémoire, y trace chaque fois de nouvelles lignes de fuite, et ainsi la reconfigure, continuellement, en "images-actions" – en chimères. Les rêves, qu'ils soient diurnes ou nocturnes, songes intimes ou mythologies collectives, offrent la possibilité d'expérimenter le point de vie d'un oiseau, d'un arbre ou d'une rivière, et nous incitent ainsi à nous soucier de ce qui est à la fois au-delà et au-dedans de nous. C'est d'abord à travers les rêves que nous "réalisons" que nous ne pouvons vivre qu...

Bouche

Bouche baiser ; bouche morsure. Bouche qui mâche ; bouche qui prie. Comment se fait-il que nous n’ayons qu’un seul orifice, qu’une sorte de plaie dans le visage, pour des actes aussi opposés que la mastication et l’embrassement ? Pourquoi dans une même chair, la douceur et l’obscène ? Puis alors, ses paupières, lentes, lentes fauvettes bleu pâle sur mon petit matin, quand elle se réveille, Lucie, qu’est-ce que je dois en faire ? Isabelle Pouchin, extrait de Élise ou l'abri de lettres, éditions Gaspard Nocturne. Kees Van Dongen