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Affichage des articles associés au libellé Shokoofeh Azar

Quand s'illumine le prunier sauvage (3)

Le courage d'exister   L'imaginaire n'est pas seulement une liberté, n'est pas seulement un espace et un temps supplémentaires que l'on se donne. L'imaginaire peut être aussi le courage d'exister. C'est pour moi une des leçons de ce grand livre. Je ne parle pas tant des personnages, bien sûr, que de l'écrivain. (J'emploie ce terme sans précision de genre, comme le fait l'autrice elle-même quelque part dans le livre, pas n'importe où, dans les dernières lignes, pour bien montrer sa part, indissociable de la fiction, comme est l'imaginaire indissociable du réel, cela parlant pour toutes et tous.) C'est aussi dire que face au dictateur, que dans la guerre, au-delà du réel est l'imaginaire, et que l'imaginaire est encore dans la vie, et qu'il peut se retourner dans le réel. Les premières lignes : D'après Beeta, Maman fut frappée d'une illumination le 18 août 1988 à 2h.35 précise sur notre plus haut prunier sauvage,...

Quand s'illumine le prunier sauvage (2)

  Quand elle commença à grimper sur le prunier, nous la suivîmes. L'arbre ne semblait pas assez gros pour supporter le poids de cinq personnes, mais nous nous aperçûmes bientôt qu'il grandissait et grossissait à mesure que nous grimpions. Quand nous nous arrêtâmes à quelques mètres du sol, il cessa de pousser. Quand nous reprîmes notre ascension, il fit de même. Nous grimpâmes encore et encore jusqu'à dépasser les nuages. Nous pouvions voir la Terre tout là-bas. Nous restâmes immobiles et l'arbre fit de même. Nous regardâmes en bas. Nous regardâmes la Terre, avec ses forêts, ses océans, ses montagnes et ses nuages ; avec ses pays, ses frontières, ses peuples, leurs amours et leurs haines, ses meurtres et ses pillages. Nous nous regardâmes et nous comprîmes qu'il nous serait facile de laisser tout cela derrière nous. Nous continuâmes à monter jusqu'à ce que nous arrivions tout en haut de l'arbre. Maman, qui était en tête, se retourna et nous observa l'un ...

Quand s'illumine le prunier sauvage (1)

  Ce livre foisonnant fera véritablement foisonner votre esprit Année après année, l'interminable progression des plantes tentaculaires dont les vrilles s'enroulaient et s'entrelaçaient comme des serpents, étreignant tendrement les racines et les ramures des arbres, dont les extrémités s'épanouissaient en éclosions, avait transformé la cour d'Issa en parfait refuge pour les bêtes comme pour les insectes. Année après année, il s'était perdu dans la contemplation de ce jardin enchanté et avait ainsi eu l'occasion d'observer les volètements des libellules assez longtemps pour devenir le seul homme capable de déchiffrer leur langage. Chaque fois qu'ils étaient ensemble, Issa se laissait distraire par ces insectes. Pendant qu'il parlait à Beeta ou qu'il l'écoutait, ses yeux mobiles les suivaient d'un côté et de l'autre. Selon leur espèce, leur couleur, leur façon de voler, les endroits où ils allaient, ceux où ils se posaient, le jeune...