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Affichage des articles associés au libellé Franco Gentilini

La femme griffée

Il est autour de midi. En brousse, c’est l’heure où tout s’immobilise, bêtes et gens subissent l’implacable loi du soleil, sa lumière écrasante, ses morsures cuisantes. Plus aucun mouvement, comme si tout ce qui vit s’arrêtait, juste une palpitation, unique, celle de l’animal ou de l’homme qui cherche l’ombre. Seuls les singes de M. Paul, inlassables, trouvent assez d’énergie pour leurs disputes bruyantes. M. Paul c’est ce vieux gangster repenti qui a ouvert depuis dix ans, sans autorisation, un camp de chasse en pleine brousse. Il aime l’Afrique, M. Paul, enfin… son Afrique ! Derrière le comptoir en bois d’agoné, Dialo, le serveur à tout faire, rince et essuie les verres, les yeux rougis de yamba. Sur une chaise, une blonde décolorée, opulente, boudinée dans un bustier bleu un peu fané, pose du vernis sur ses ongles en houspillant Dialo pour sa lenteur. Aujourd’hui, viennent du campement les amis de M. Paul, avec leurs compagnes. La grosse blonde impatiente, c’est Mado, la «...

Alcoolo blues

Un sanglot d’angoisse s’échappa de sa gorge… Rentrer chez elle… C’était où ? Il lui faudrait refaire à l’envers l’immense voyage qui l’avait finalement jetée sur le lit d’hôtel douteux. Elle sortit. La nuit soudainement tombée lui jeta les miroitements des cafés ouverts ça et là, sortes de cavernes dorées agrandies par d’immenses miroirs. La soif montait en elle, volcan, sécheresse, désir de tout son être. Elle ne tremblait pas encore. Cela viendrait plus tard et sournoisement. Elle détestait cette pauvreté qui la rendait pantelante, harassée et hardie. Elle entra dans le bar le plus tamisé, celui où l’orange et le piano adoucissaient son désarroi. C’était exactement la même impression qu’elle avait éprouvée quinze ans auparavant en Sardaigne… Lâchée à la frontière, elle s’était retrouvée seule, séparée de la communauté créative… Les années aux fleurs dans les cheveux ! Elle traversa la brasserie pleine de gens bourdonnants, ce soudain bruit, ce ronronnement humain ...

De ma fenêtre

C’était un après-midi d’août terriblement électrisé par des orages avortés, griffant le ciel de traînées menaçantes qui n’arrivaient pas à exploser. De ma fenêtre, du haut de mes treize étages, je voyais, à l’intersection des quatre chemins, une femme brune, habillée de couleurs d’été, montant péniblement la côte qui longe le parc désert à cette heure trop chaude. La femme était étrangère, et plus elle se rapprochait de ma vision, plus j’en concluais qu’elle était d’ailleurs ; son teint avait la couleur des mangues mûres et une longue natte de cheveux noirs bleutés battait ses reins à chacun de ses pas. Soudain, surgi d’on ne sait où, un groupe de cinq enfants apparut. Les plus grands fermaient cette marche joyeuse, les trois autres, armés de bâtons, provoquaient le ciel en faisant des signes sans doute codés, apostrophant les nuages, fendant les rayons du soleil revenu. Ce chant actif dans cet engourdissement de chaleur arrêta la femme qui déposa son lourd paquet à terre ; elle le...