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Articles

Affichage des articles associés au libellé Maurice Denis

La pluie ébahie

C'est le charme et le délice qui tombent avec la pluie de Maurice Denis. Celle de Mia Couto, à la première page de son roman La pluie ébahie , retient ses charmes et ses délices. Des nombreuses pluies qui affluent dans ma mémoire depuis tant de livres aimés, celle du petit Marcel qui tombait sur le jardin de Combray et faisait accourir Françoise pour rentrer précipitamment les précieux fauteuils d'osier, celle du balcon en forêt, celle de la Loire-Inférieure, compagne fidèle des expéditions en 2 CV, et même celle des mots subitement dégelés qui tombaient sur le tillac, bref, des si nombreuses pluies à vouloir s'abattre à présent ou se glisser dans mes lignes, de celle qui aujourd'hui même m'a mouillé le corps et les yeux... je ne suis pas rassasié, il faut que je relise et récrive ici sous vos yeux celle de Mia Couto.   Ce jour-là mon père est rentré à la maison complètement trempé. Il pleuvait ? Non, notre toit en zinc nous aurait avertis. La pluie, même très fine,...

L'eau

  Il y a beaucoup d'eau sur la Terre... Vous croyez vraiment ? Alors, écoutez bien : Si la Terre avait la grosseur d'une orange, toute l'eau du monde (océans, mers, cours d'eau, lacs, eaux souterraines, eaux en suspension dans l'air et toutes les autres) ne représenterait, en volume, qu'une toute petite goutte déposée sur l'orange. Les trois-quarts de cette goutte seraient composés d'eau de mer, salée, non consommable par l'homme. Un quart seulement serait de l'eau douce. Toute l'eau douce du monde serait donc représentée par une tête d'épingle enfoncée dans l'orange. Cette minuscule quantité d'eau douce n'a jamais varié. Elle est toujours restée la même. Elle parcourt un cycle immuable. Elle a été bue par les diplodocus puis rejetée par eux, bue par les hommes et rejetée par eux. Aujourd'hui les hommes la polluent au-delà de toute possibilité de récupération... Alors soyez prudents : l'eau douce est une matière de plu...

Un monde d'enfant

C'était donc au petit matin, cette nuit-là. J'habitais chez les Farges, j'avais six ans et j'étais dans mon lit lorsque j'ai été réveillé par des bruits dans la maison. Il y avait beaucoup de monde dans le couloir. J'étais frappé par cette présence de soldats et d'officiers – et surtout de policiers français en civil, avec leurs lunettes noires, leurs chapeaux et leurs revolvers – je trouvais absurde qu'ils aient des lunettes noires la nuit, ça m'intriguait. J'ai alors pensé que les adultes n'étaient pas des gens très sérieux – je n'ai d'ailleurs pas changé d'avis depuis ! – et dans le couloir il y avait aussi des soldats allemands en armes, qui semblaient gênés puisqu'ils regardaient le plafond. Ils regardaient en l'air, peut-être – j'espère – parce qu'ils avaient honte d'arrêter un enfant de six ans et demi. J'espère que c'est ça, mais je n'en suis pas sûr ! Je me rappelle bien la scène, je la ...

Nuages

Je suis allée chercher mon tricot de laine et le chevreau m'a suivie le gris il ne se méfie pas comme le grand il est encore trop petit Elle était toute petite aussi mais quelque chose en elle parlait déjà vieux comme le monde Déjà elle savait des choses atroces par exemple qu'il faut se méfier Et elle regardait le chevreau et le chevreau la regardait et elle avait envie de pleurer Il est comme moi dit-elle un peu triste et un peu gai Et puis elle eut un grand sourire et la pluie se mit à tomber Jacques Prévert Maurice Denis, Coucher de soleil sur Pittburgh, 1927

Les Zouaves

«    Par les rues du Mouillage, je me rappelle avoir vu les Zouaves en pantalon bouffant et rouge.    Bronzés comme des câpres , gais comme de vrais troupiers français, ils chantaient une chanson qui ne me revient plus. Du refrain pourtant, je me souviens — et pour cause — des derniers mots. Voilà zou-zou ! Voilà zou-zou ! Voilà zou-â-â-â-ve ! ! ! gueulaient-ils à tue-tête, en lançant leurs chéchias dans l'espace... Toutes les fenêtres de la rue se garnissaient alors de minois joliets, curieux de connaître de vrais Zouaves ! Voilà zou-zou ! Voilà zou-zou ! Voilà zou-â-â-â-ve ! ! !    Je les revois, ces Turcos, entraînant avec eux tout un cortège de gamins de toutes nuances — y compris Petit Moi !...    Ces gamins aspiraient à les voir de près, à les toucher, à les palper. Pensez-donc ! des soldats qui reviennent des champs de bataille ne peuvent ressembler à tous les autres.    Le négrillon Pierre, plus bandit que tous, se ...