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Emmaüs

André met son manteau. Il a froid. Il lui faut retourner auprès d'Erevan. Le manteau, c'est cela le chemin. Dans l'obscurité du tissu feutré il y a quelque chose d’animal qui guide André vers ce qu’il cherche, vers cette histoire enfouie à laquelle il veut se raccrocher. Il se glisse dans ce flair lorsqu’il serre autour de son corps la vieille pelisse, la capote qu’il a trouvée à Emmaüs. Il s’y enfouit comme un museau de rat.
Je le retrouve sur le trottoir. Je le vois de dos, il est courbé sur sa bière. Je vais le dépasser, il faut que je lui parle. "Bonjour", je me plante à sa hauteur. Lui sur son tabouret haut, moi debout, nos visages presque parallèles, un peu penchés en direction de la poitrine, comme pour préserver le souffle. Il grogne un bonjour presque indistinct. J'ai besoin de capter quelque chose pour continuer. C'est cela, un museau de rat. Je le dessinerai, je me laisserai guider par le crayon. Une ligne qui naît, qui vit et qui meurt, disait Matisse. Elle s'enfouira dans l'écharpe, avec la main.

Peinture de Hélène Duclos

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Capturer

  Rien ne nous appartient. Et cette communion de galets, d'écume et de lumière, réajuste l'humeur. Quand la ville, parfois, n'offre qu'étrange vide, la mer, défroissée, sans révolte, unie, peut submerger d'ivresse, devenir confidente, douceur perçante, complice. Rien ne nous appartient. capturer un instant cet absolu de vie. Photo et texte de Milou Margot

Sur l'eau

Quiconque n’a pas vu cette mer du large, cette mer de montagnes qui vont d’une course rapide et pesante, séparées par des vallées qui se déplacent de seconde en seconde, comblées et reformées sans cesse, ne devine pas, ne soupçonne pas la force mystérieuse, redoutable, terrifiante et superbe des flots. Notre petit canot nous suivait de loin derrière nous, au bout d’une amarre de quarante mètres, dans ce chaos liquide et dansant. Nous le perdions de vue à tout moment, puis soudain il reparaissait au sommet d’une vague, nageant comme un gros oiseau blanc.

Libres migrants

Par un ciel pâle de décembre, lorsque la mer du Nord se fait étain et que les dunes de Calais retiennent leur souffle, surgissent parfois des hôtes du grand Nord : les Plectrophanes des neiges. Passereaux robustes, trapus comme des galets polis par les vents, ils portent sur eux l’empreinte des latitudes sévères. Leur plumage, savant mélange de blancs et de bruns, semble avoir été conçu pour se fondre aussi bien dans la banquise estivale que dans les sables d’hiver, là où la lumière rase allonge les ombres et apaise le paysage. L’été, ces oiseaux vivent là-haut, aux confins de l’Arctique, sur les toundras rases où la vie s’accroche à la terre gelée. Ils y nichent à même le sol, confiants dans l’immensité et la vigilance collective. Puis vient la grande migration, discrète et déterminée : fuyant la nuit polaire et la faim, ils glissent vers le sud, franchissant mers et plaines, pour trouver refuge dans les zones tempérées. Les voilà alors chez nous, trottinant sur une pla...

Le car de 18 h. 10

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Attachements (2)

  Les premiers mots du livre : On a longtemps défini les humains par les liens les unissant les uns aux autres : nous sommes les seuls à communiquer par le langage, nous seuls avons des conventions sociales et des lois pour organiser nos interactions. Or les humains se distinguent aussi par les relations très singulières qu'ils établissent au-delà d'eux-mêmes, avec les animaux, l'environnement, le cosmos. Aucune espèce n'entretient de liens si denses avec tant d'autres êtres vivants et aucune n'a un tel impact sur leur destin. Sur tous les continents, chasseurs-cueilleurs, horticulteurs ou pasteurs nomades interagissent de mille manières avec une multitude de plantes et d'animaux pour se nourrir, se vêtir, se chauffer et s'abriter. Partout, les groupes humains s'attachent effectivement à des animaux qu'ils apprivoisent, qu'ils intègrent dans leur espace quotidien et avec lesquels ils partagent habitat, socialité et émotions. Ainsi, aucune soc...

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