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Emmaüs

André met son manteau. Il a froid. Il lui faut retourner auprès d'Erevan. Le manteau, c'est cela le chemin. Dans l'obscurité du tissu feutré il y a quelque chose d’animal qui guide André vers ce qu’il cherche, vers cette histoire enfouie à laquelle il veut se raccrocher. Il se glisse dans ce flair lorsqu’il serre autour de son corps la vieille pelisse, la capote qu’il a trouvée à Emmaüs. Il s’y enfouit comme un museau de rat.
Je le retrouve sur le trottoir. Je le vois de dos, il est courbé sur sa bière. Je vais le dépasser, il faut que je lui parle. "Bonjour", je me plante à sa hauteur. Lui sur son tabouret haut, moi debout, nos visages presque parallèles, un peu penchés en direction de la poitrine, comme pour préserver le souffle. Il grogne un bonjour presque indistinct. J'ai besoin de capter quelque chose pour continuer. C'est cela, un museau de rat. Je le dessinerai, je me laisserai guider par le crayon. Une ligne qui naît, qui vit et qui meurt, disait Matisse. Elle s'enfouira dans l'écharpe, avec la main.

Peinture de Hélène Duclos

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