Cela se fit, une nuit.
Mais je ne saurais dire combien d'heures, de jours, de mois peut-être, il fallut pour couver l'étonnante métamorphose. Nul ne pouvait prévoir qu'un tel bouleversement se préparait en sous-sol, dans le secret des humeurs et des pigmentations. Nul ne pouvait imaginer de pareilles connexions entre la douleur et la couleur.
Aucune forêt ne jaunit aussi vite, aucun feuillage ne se fane en une nuit. Seuls des cataclysmes induisent de semblables mues. Un gel brutal, un nuage atomique, que sais-je encore ? Le feu, l'été.
C'est tout à la fois ce qui advint ce jour-là, au terme d'un an et demi d'une pure attente nourrie de chaque seconde qui venait, trahie de chaque instant qui passait. Ce fut un gel, certes, mais aussi un vent fou, une brûlure. Le ciel se mit au noir en plein midi, le silence se gonfla de tocsins, un vide effroyable se fit. Sur le moment, on ne vit rien d'autre qu'une grande pâleur. Sa main se leva, puis retomba. Fatalité. Rien de plus n'apparut ce jour-là.
C'est seulement à l'aube, le lendemain matin, que l'on vit le buisson pathétique couronnant son visage.
Dans le sommeil, les temps de sa vie s'étaient précipités, déposant sur sa tête un casque de neige aux mille reflets d'argent.
Tous ses cheveux avaient blanchi en une nuit. le lendemain du jour où elle sut que son enfant ne reviendrait pas de la guerre.
Édith de la Héronnière, Guerres, Arfuyen, Orbey, 2003
Sculpture Isabelle Ferreira, Contre-ciel, 2014

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