La terre, globule isolé dans l'immense espace, ne reste point immobile, ainsi que devaient nécessairement le supposer les anciens peuples, voyant en elle la base inébranlable du firmament des cieux. Emportée dans le tourbillon de la vie universelle, elle se meut sans repos, en décrivant dans l'éther une série de spirales elliptiques d'une telle complication que les astronomes n'ont encore pu en calculer dans leur ensemble les courbes diverses. Tout en pirouettant sur elle-même, la terre décrit une ellipse autour du soleil et se laisse traîner de ciel en ciel à la remorque de cet astre vers des constellations lointaines. Puis elle oscille, se balance sur son axe et se détourne plus ou moins de sa route pour saluer tous les corps planétaires qui viennent à sa rencontre. Il est probable qu'elle ne passe jamais deux fois dans les mêmes régions de l'éther ; cependant, si elle devait parcourir de nouveau la spirale d'ellipses qu'elle a parcourue déjà, ce serait après un cycle de tant de milliards d'années qu'elle-même, complètement transformée, ne serait plus le même astre. La nature, immuable dans ses lois, mais éternellement changeante dans ses phénomènes, ne se répète jamais.
Élisée Reclus, extrait de La Terre : description des phénomènes de la vie du globe, Paris, Hachette, 1868
Photographie Adèle Nègre, Mesurer (mars 2016)
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