Dans les crépuscules vaporeux et roux de l'automne, un faible vent étirait en longues traînées bleutées les fumées des feux odorants où brûlaient les feuilles mortes. Les vignes achevaient de se dépouiller, laissant de nouveau apparaître la terre, entrecroisant leurs sarments nus d'un brun orangé. Les routes étaient désertes. Il n'y passait que de rares camions dont on pouvait entendre de loin le bruit croître puis décroître dans le silence. Tout était paisible, intact, inchangé. Il se couchait tôt : ou bien il s'endormait tout de suite ou bien, si le sommeil tardait trop, il se levait, s'habillait, sortait silencieusement et retournait au bordel. Si la fille rousse était prise, il attendait paisiblement en fumant des cigarettes ou échangeait quelques mots avec l'une ou l'autre des femmes dans le diminutif de vocabulaire dont elles disposaient (le même dont il usait depuis quatorze mois avec les cavaliers de son escadron ou les prisonniers dans la baraque), assis devant l'habituel verre de bière dont la mousse débordait, glissait lentement, sans que jamais il y touche. Un soir il entra dans un cinéma d'où il ressortit dix minutes plus tard.
La queue qui frétille. Il est là, le maître, il va descendre de l’autobus. Son dieu va le caresser, lui, Félix, et il aura le biscuit du soir. Se frotter un instant au pantalon et respirer l’odeur de sueur, flairer les chaussures qui sentent la sciure, et puis filer devant, trottiner. Il tourne, de temps à autre, vers l’arrière, sa petite tête de caniche aux yeux perdus dans des longs poils gris. Un petit kilomètre pour atteindre la maison. Un ciel de novembre, bas, étire ses nuages couleur de plomb. Il va pleuvoir, mais il y a la niche devant la porte d’entrée. Demain, ce sera le chemin en sens inverser jusqu’à la place de la mairie, pour accompagner le père Lacombe à son travail, au car de 8 heures, cette fois. Tous les jours, sauf les dimanches et jours de fête, Félix attend le père Lacombe à la descente du car. Pas besoin d’horloge, il sait. Quelquefois, il a du retard. Mais même s’il est à 18h.40, Félix est là, à 18h.38 ! Aujourd’hui, 14 novembre. Il a plu presque toute la jo...

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