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Sans voler comme les oiseaux

Tout sur notre globe serait la mort et le silence éternels sans l'atmosphère, enveloppe extérieure de la planète. Cette masse gazeuse, transparente, invisible parfois et qui semble à peine faire partie de la terre, en est cependant le principal élément ; car il en est le plus mobile, et c'est en lui surtout que circule la vie. Nous reposons sur le sol ; mais c'est de l'air et dans l'air que nous vivons, hommes, animaux et plantes. Sans voler comme les oiseaux, tous les êtres qui marchent, rampent, ou fixent leurs racines dans la terre végétale n'en sont pas moins les fils de l'atmosphère.
Considérée comme un astre du ciel, la planète se compose d'un noyau entouré de deux couches fluides. Le noyau solide est ce qui porte plus spécialement le nom de terre, ce sont les assises rocheuses enfermant des laves, des métaux fondus et toute la masse de matières inconnues qui occupe le centre du globe. La nappe des mers et le réseau des fleuves recouvre cette ossature solide, puis au-dessus de l'enveloppe aqueuse s'étend une deuxième couche sphérique plus fluide encore, vaste appareil dont les courants et les contre-courants circulent incessamment du pôle à l'équateur et de l'équateur au pôle avec la régularité des poumons de l'homme, tour à tour emplis et désenflés. L'atmosphère est vraiment le souffle de la planète ; semblable à son satellite, que la plupart des astronomes nous disent être dépourvu d'enveloppe gazeuse, la terre ne serait plus qu'un astre mort roulant dans l'espace, s'il perdait tout à coup les nappes d'air qui l'entourent et cessait de respirer l'haleine régulière des vents.
L'air subtil et transparent est composé des mêmes gaz qui se trouvent en plus grande abondance dans la croûte opaque et solide de notre globe. Les quatre éléments principaux de tout organisme végétal ou animal : l'oxygène, l'azote, l'hydrogène et le carbone se retrouvent également dans l'atmosphère : les deux premiers, comme éléments constituants de l'air, le troisième, mélangé avec l'oxygène sous forme de vapeur d'eau, et le quatrième enfin mêlé au souffle expiré par les animaux et à maint autre gaz provenant de la décomposition des plantes. Entre les produits de la nature et les flots mobiles de l'espace aérien, il s'opère incessamment un échange, en vertu duquel les gaz de l'air se fixent dans l'animal, la plante ou la roche, tandis que les éléments primitifs, un instant fixés dans un organisme ou dans les couches terrestres, se dégagent et recomposent l'atmosphère.
Animaux et plantes, tout s'éteindrait bientôt, faute d'aliment nécessaire, si le mélange des vapeurs et des gaz ne s'opérait par le mouvement incessant des masses aériennes. Les hommes et les bêtes se suicideraient peu à peu en absorbant de nouveau l'acide carbonique déjà chassé de leurs poumons ; les plantes, plongées dans l'atmosphère trop oxygénée, émanée de leurs feuilles, finiraient aussi par mourir. Heureusement les fleuves de l'air, qui se tordent en puissantes spirales sur la surface de la terre, mêlent uniformément tous les gaz qu'ils entraînent, et distribuent ainsi la vie sur tous les points de leur parcours. Aux régions tempérées qui sont principalement le domaine de l'homme, ils apportent l'oxygène qu'on exhalé les immenses forêts de la zone tropicale ; à ces mêmes forêts ils donnent le carbone, qui est la vie des arbres et qui serait la mort de l'homme. Bien plus, ils animent le globe lui-même, en charriant d'immenses quantités de vapeurs aux montagnes où s'élabore le filet des sources, puis en faisant circuler sur les mers un air sec et toujours avide de l'eau qui s'évapore à la surface. Comparable au cœur dans un organisme vivant, la zone productrice des courants atmosphériques occupe la région centrale de l'océan des airs et se déplace alternativement vers le nord et le sud ; c'est ainsi que se produit dans toute la masse aérienne un mouvement se systole et de diastole, imprimant la vitesse initiale aux courants artériels qui vont porter la fécondité sur tous les points de la planète. [...]

Élisée Reclus, extrait de "L'air et les vents" in La Terre : description des phénomènes de la vie du globe, 1869. 

Pierre Boncompain, Le cantique des cantiques. 

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